Le monde entier se pose la même question : le CENTCOM ose-t-il entrer en guerre contre la Chine ? Ce n’est plus une hypothèse fantasque.

Selon les données de MarineTraffic, le pétrolier chinois Rich Starry, naviguant sous pavillon malawite, lié à Shanghai Xianrun et parti de Sharjah, aux Émirats arabes unis, avec environ 250 000 barils de méthanol à bord, a traversé le détroit d’Ormuz mardi dernier, avec la mention « China Owner & Crew » inscrite sur le navire.
Le Rich Starry est ainsi devenu le premier pétrolier à traverser puis quitter le détroit d’Ormuz en direction de la Chine depuis l’entrée en vigueur du blocus de Trump – qui doit maintenant être levé.
De manière inhabituellement peu subtile, Pékin indique ainsi qu’une administration Trump désespérée ne peut pas simplement manipuler la Chine avec une sorte de scénario Pirates des Caraïbes – sous une autre forme.
Le CENTCOM a toutefois précisé que le blocus vise les navires entrant ou sortant des ports iraniens. Le Rich Starry venait de Sharjah – donc, techniquement, il n’était pas visé. Le véritable test du blocus viendra lorsque, par exemple, un pétrolier chinois quittera Bandar Abbas.
Le péage des Gardiens de la Révolution, quant à lui, ignore les plans du CENTCOM. Il est ajusté presque en temps réel – et s’est désormais transformé en un système de contrôle détaillé en cinq étapes qui s’applique à tout navire, quel que soit son port d’origine. Tous les navires qui ont récemment pu passer – venant de Chine, d’Inde, du Pakistan et de quelques autres pays amis – ont utilisé les mêmes couloirs maritimes étroits dans les eaux territoriales iraniennes, le long des îles de Qeshm et de Larak.
Tout le monde – sauf dans des cas particuliers – doit payer un péage de 1 dollar par baril, en bitcoin ou en yuan. Cela se règle en cinq secondes. Le pétrolier reçoit ensuite un mot de passe VHF.
Les navires disposant d’une assurance, d’un enregistrement sous pavillon d’État et d’un accès aux ports occidentaux ne passeront pas. Ces navires conformes aux règles sont déjà en route vers les ports américains.
L’aspect fascinant concerne l’immense flotte fantôme iranienne : non assurée ; pouvant naviguer sous n’importe quel pavillon ; n’ayant pas besoin d’accoster dans des ports occidentaux ; déjà lourdement sanctionnée ; et donc totalement étrangère au système américain imposé par le blocus. Blocus ou non, plusieurs pétroliers continuent de charger dans les terminaux iraniens.
Environ 160 millions de barils de pétrole flottent déjà en dehors du détroit d’Ormuz : cela signifie que l’Iran peut continuer à approvisionner ses clients en Asie, en particulier la Chine, au moins jusqu’à la mi-juillet, en supposant des importations chinoises de 1,8 million de barils par jour.
Un blocus pour protéger le pétrodollar
Pour être clair : bien que la guerre contre l’Iran, dans le style caractéristique de l’Empire du Chaos, viole une nouvelle fois le droit international – appelons cela Bellum Iniustum (« guerre injuste ») – le blocus naval annoncé constitue aussi, au regard du droit international, un acte de guerre.
Le président Xi Jinping a été très direct mardi : l’État de droit ne peut pas être « utilisé quand cela arrange puis mis de côté quand cela n’arrange pas ». Il a ajouté : « nous ne devons pas permettre au monde de retomber dans la loi de la jungle ».
Comparez cela maintenant avec la propre justification de Trump pour le blocus – illégal –. Une déclaration disant : « Nous ne permettrons pas à l’Iran de vendre du pétrole à ceux qui le peuvent et pas à ceux qui ne le peuvent pas. C’est tout ou rien », a été suivie de : « Que la Chine nous envoie ses navires. Qu’elle les envoie au Venezuela. Nous avons assez de pétrole. Nous le vendons même moins cher. »
C’était l’indice flagrant que le blocus est au cœur de la guerre du pétrodollar. La Chine achète à l’Iran en pétrodollars. Le jeu de Trump ne consiste pas à vendre du pétrole ; il consiste à rendre la Chine dépendante du pétrodollar. Pour en venir au cœur du sujet : l’armada invincible de Trump ne peut pas imposer un blocus naval sans une ligne de navires. Pour l’instant, ils sont introuvables.
L’USS Abraham Lincoln a été repéré dans le golfe d’Oman, à environ 200 kilomètres du sud-est de l’Iran : au passage, une cible attrayante pour les missiles iraniens. C’est la distance à laquelle les buanderies des porte-avions américains prennent souvent feu.
L’USS George H.W. Bush et son groupe aéronaval se trouvent actuellement au large de la Namibie.
En parlant de lâcheté : ils doivent contourner l’Afrique parce qu’ils ont peur d’affronter Ansarallah à Bab el-Mandeb. La force de dissuasion des Houthis yéménites, d’ailleurs, est à peine comparable à la puissance de feu accrue de l’Iran.
Même si le blocus était effectivement appliqué, l’Iran disposerait encore de plusieurs moyens pour transporter du pétrole par voie terrestre à travers l’Eurasie vers la Chine, via une partie de la ligne ferroviaire sino-iranienne, un projet des Nouvelles Routes de la Soie / BRI (payé par Pékin). Le syndicat Epstein a, comme on pouvait s’y attendre, bombardé une partie de la ligne ferroviaire, mais celle-ci a déjà été réparée. En outre, l’Iran peut conclure un accord avec le Turkménistan pour utiliser leur gazoduc (également financé par la Chine).
La réalité de cette guerre insensée est plus étrange que la fiction. Mais l’idée que le CENTCOM oserait saisir un navire chinois et, par exemple, le garer à Djibouti, sans parler de le couler – un acte de guerre – défie toute logique. Cela dit, avec un sioniste chrétien dérangé comme secrétaire américain aux Guerres éternelles, tout est possible.

Pendant ce temps, dans le tableau d’ensemble…
Trois développements cruciaux sont essentiels pour comprendre dans quelle direction souffle le vent.
1. Le processus d’acceptation de la souveraineté iranienne sur le détroit d’Ormuz est déjà en cours. Le système a été légalisé le mois dernier par le parlement iranien, et les détails supplémentaires sont actuellement en cours de négociation avec Oman. Même le Japon a déjà utilisé ce système. La Corée du Sud a envoyé un émissaire spécial à Téhéran pour discuter précisément de cela. La Corée du Sud finira par lever les sanctions contre l’Iran et paiera le péage correspondant. Si Séoul, important client asiatique, conclut un accord de traitement préférentiel, pratiquement tous les pays suivront. Et Washington ne pourra rien y faire.
2. L’appel téléphonique entre Poutine et Pešešek. Cet appel donne lui aussi une image claire. Poutine a clairement indiqué que la Russie considère la sécurité de l’Iran comme « intrinsèquement liée » à celle de la Russie. Toute agression contre Téhéran doit donc être considérée comme une déstabilisation majeure de l’Eurasie. Élément crucial : Poutine et Pezeshkian souhaitent l’activation complète du Corridor international de transport Nord-Sud (INSTC), le plus rapidement possible. L’INSTC est l’un des plus importants nouveaux corridors de connectivité du XXIe siècle, aux côtés de la Route de la soie arctique (voir mon documentaire sur l’INSTC, tourné l’an dernier en Iran, de la mer Caspienne au golfe Persique et au golfe d’Oman). Nous voyons donc ici le message subtil de Poutine à la Maison-Blanche – parallèle à celui de la Chine. Si le CENTCOM ose attaquer des navires iraniens, il attaque le partenaire stratégique de la principale puissance nucléaire du monde.
3. La cerise sur le gâteau. Ce mardi et ce mercredi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, effectue une visite officielle en Chine, où il s’entretiendra avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi. Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine est plus fort que jamais.
Le nouveau triangle de Primakov – RIC (Russie-Iran-Chine) – est en action. Blocus ? Quel blocus ?

Source : Pepe Escobar